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Fiche contact :

Bernadette
Ferreira
Le Cluzeau
24610 Saint Méard de Gurçon
téléphone :
05.53.81.74.50
email :
bernadette.ferreira@wanadoo.fr
Je suis un écrivain originaire de
l'immigration du Portugal qui exprime l'Exil, le Saudade,...
Auteur de : "Sur un Air de Fado"et"Madame S. Résistance sans Soumission"
...Suite
biographie
La Tia
[1]du
Portugal
Qu’as-tu ?
Rien.
Tu n’as pas l’air bien…ça va ?
T’inquiète, c’est juste un peu de saudade…
Elle te vient d’où ?
Je ne sais pas…du pays…
Tu veux dire du Portugal ?
Oui…peut-être …c’est quand j’écoute Amalia Rodrigues
Elle te rend triste ?
Non…Oui…un peu
J’aime pas te voir triste, tu veux que je te chante une
chanson ?
Oui.
Tu veux une chanson en portugais, celle que tu m’as apprise
l’autre jour ?
Oui (rires)
“Chamaste,
preta preta, que sou preta
Eu bem o sei
Mas a azeitona preta tambem vai a mesa do rei !”[2]
Applaudissements
et rires.
Tia me regarde,
prend mon front dans ses mains et dépose un baiser en son
milieu.
J����������������ai six ans, nous sommes au mois d’août, assises, elle et
moi à l’ombre des noisetiers. Il fait chaud. Je joue avec
ses mains, je tire sur ses doigts l’un après l’autre,
déformés et noueux, je compte en portugais « um, dois, três,
quatro, cinco ». Je prends ses deux mains, j’y plonge
mon visage tout entier. C’est doux et frais, je
respire à grandes gorgées l’odeur des mains des lavandières
du Portugal.
[1]
tantine
[2]
Tu m’as dit que j’étais noire, noire
Que je suis noire je le sais
Mais apprends que l’olive noire
Est aussi servie à la table du roi
Fado de l’exil.
1965. J’ai dix ans. C’est le soir,
c’est l’hiver, il y a un grand feu dans la cheminée.
Ils sont arrivés, après le travail,
après le souper, le visage fatigué. Ils s’installent.
Ils sont assis sur des chaises en bois, ils se parlent à
peine. Quelques mots en portugais, quelques nouvelles du
pays. Ils sont six, trois guitares à douze cordes, un
concertina, un violon et un harmonica. L’un d’eux se racle
la gorge, l’autre égrène quelques accords. Les femmes ne
disent mot et guettent l’instant où.
Ils sont prêts et dans la seconde qui
suit, jaillit la musique du Portugal. C’est bien elle.
C’est tout le Portugal qui surgit d’un coup. Les visages
s’éclairent, les femmes sourient, l’une d’elles chantonne.
Un homme lance un cri, un autre lui répond, les doigts vont
et viennent, avec agilité, avec bonheur, sur les
instruments. La musique va crescendo, l’un d’eux chante,
tous les yeux sont rivés sur lui, la voix devient grave, les
mots pleins de nostalgie réveillent des souvenirs de
jeunesse, des souvenirs de là-bas.
Un fado, puis un autre, encore un autre
et le dernier, le plus beau, le fado qui au-delà des mots
chante la douleur de l’exil et la douceur des champs de blé.
Merchi patrone.
Aujourd’hui ma mère est contente. Elle sourit et elle
chantonne. Elle a fait du riz au lait à la cannelle pour le
dessert. J’ai pu en reprendre deux fois. Elle m’a dit « tou
lou mérita ». C’est parce que maintenant je lis les lettres
qui arrivent du pays. A chaque fois que le facteur crie
« des nouvelles du Portugal », ma mère laisse tout ce
qu’elle était en train de faire et accourt vers lui comme
s’il était un messie. Faut dire que des lettres de là-bas,
c’est pas tous les jours qu’elle en reçoit.
Moi je lis ou plutôt je décrypte les
mots qui dansent sous mes yeux. Je ne comprends pas toujours
ce qu’il est écrit, alors je bafouille, ma voix ralentit et
ma mère, bras croisés sur son tablier termine le mot sur
lequel je bute.
Elle commente et part dans ses
souvenirs. Elle a toujours des larmes dans les yeux pendant
qu’elle m’écoute, c’est parce qu’elle est émue. C’est
normal, ça la remue tout ce que je lis, parce que comme elle
dit, elle comprend entre les lignes.
Aujourd’hui,
c’est sa sœur qui comme elle est analphabète, qui lui fait
savoir qu’elle va revenir pour toujours vivre à ses côtés.
Elle a déjà fait ses papiers, tout est prêt, elle a même
acheté une bouteille de Porto pour offrir au patron de ma
mère. Ma mère approuve du menton, elle lui offrira et lui
dira « merchi patrone », il est tellement gentil, avec lui,
elle sait qu’elle aura toujours du travail.
Je replie la lettre, ma mère s’essuie
les yeux avec un coin de son tablier, elle sourit aux anges.
Elle est heureuse. Je la regarde. Je ne lui dis pas ce qui
me traverse la tête. C’est promis. Un jour j’écrirais, un
jour je serais grande et je dirais tout sur la vie des
femmes d’ici, des femmes d’ailleurs.
J’écrirais pour elles qui ne savent ni
lire, ni écrire.
25 avril 1974.
J’ai 20 ans. Je suis française, je
deviens portugaise au grand jour. Avant je l’étais, je ne le
disais pas, c’est mon nom qui me dénonçait. Je répondais à
demi-mots. Fille d’immigrés, fille des crève-la-faim, fille
de la honte, fille de l’exil. Portugaise je l’étais de père
et de mère. Portugaise, fière enfin d’appartenir à un peuple
qui relevait la tête, avec panache, après quarante ans de
dictature, après quarante ans d’obscurantisme.
Lire et écrire
l’histoire des colonies. Plonger dans les auteurs méconnus,
Miguel Torga, Mia Couto, Eça de Queiros, Ferreira de Castro.
Ravissements qui alimentaient ma fougue, mes rêves d’un
monde meilleur, d’un monde autre.
Je travaillais, caissière, ouvrière
d’usine, femme de ménage, enquêtrice pour les maisons de
sondage, chanteuse de rue à la voix cassée.
J’économisais sou après sou pour
m’offrir un retour aux sources, l’appel du pays, la
Lusitanie jusqu’au Brésil.
Tout connaitre,
tout apprendre d’avant, de l’histoire, celle dont on ne
parlait pas, découvrir les bagnes de Salazar, la guerre
coloniale, Angola, Mozambique, Guinée Bissao.
Tout voir, tout avaler, tout digérer,
écrire toujours et lire sans répit comme si demain
n’existerait pas. Aller dans le pays, travailler, repartir à
l’autre bout, gagner encore quelques sous, découvrir la
vraie vie, celle de tous les jours, celle de tout le monde.
Dix ans à aller d’abord dans ces pays
qui réveillaient en moi quelque chose que je sentais et qui
jamais n’avait émergé.
Puis voir
ailleurs et comprendre. S’arrêter enfin, reprendre les
études pour domestiquer les outils du savoir parce que
savoir c’est pouvoir.
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